J’adore le XXIe siècle. Je crois que je vous l’ai déjà dit, mais cela se confirme à chaque fois que je me trouve confronté à ces petits moments de magie qui parsèment mon existence, bien terne par ailleurs.

Voici quelques jours, je me suis renseigné sur le prix des voitures neuves. Mon véhicule ayant quelques ratés et l’approche de la date fatidique du contrôle technique, ô combien redouté par tout automobiliste, me faisait flipper grave. D’autant que le gouvernement, dans son infini sagesse pour faire disparaitre les moteurs à explosion honnis, pourvoyeurs du méchant CO2 ravageur de climat, a décidé d’augmenter de 150 points de vérification supplémentaires ledit contrôle technique,  afin de sauver la planète et de nous sauver de la tentation de mettre nos euros de côté pour se nourrir ou se loger. Faire des conneries, quoi !

Comme aller bêtement acheter du Nutella sous prétexte qu’il serait 70% moins cher ! Avec une telle ristourne, c’est à se demander si le prix n’est pas 300% trop cher d’habitude …. Je vous laisse réfléchir là-dessus.

Or donc, je me rendais chez le concessionnaire le plus proche, de la même marque que mon véhicule actuel, dans l’espoir un peu naïf qu’il pourrait reprendre ma voiture, me constituant ainsi un apport salutaire, diminuant d’autant la somme que je devrai débourser. Car si mes bourses sont encore pleines, ma bourse, en revanche, est plutôt vide. C’est pourquoi je m’orientais vers un petit modèle et ses premiers prix.

La marque d’automobile est une marque allemande très connue, qui sillonna les routes d’Europe et de France dès le mois de mai 1940, puis gagna les Etats-Unis après 1945. Son succès ne s’est jamais démenti depuis, si ce n’est un léger malentendu sur l’ajout d’un petit logiciel qui énerva beaucoup les américains. En effet, démoralisés de ne plus vendre de voitures made in America qui font du 25 litres aux cent kilomètres et jaloux des petites voitures européennes, les constructeurs automobiles américains se vengèrent en attaquant la marque à la voiture populaire pour la faire cracher au bassinet sous prétexte que les voitures allemandes polluaient autant que leur propres voitures qu’ils n’arrivaient plus à vendre. C’était ballot, et la marque d’automobile qui était numéro un mondial commença à se casser la gueule.

Si je vous raconte tout cela, c’est qu’il faut savoir qu’avant la colère américaine, la marque allemande ne faisait pas une ristourne, pas le moindre petit rabais sous prétexte que ces voitures étaient exceptionnellement de bonne qualité, d’ailleurs elles avaient fait la guerre, c’est vous dire !

Quelle ne fut donc pas ma surprise quand je me présentais dans la concession de me voir proposer une somme rondelette pour la reprise de mon véhicule, ainsi qu’un rabais conséquent sur le prix de la voiture neuve que j’envisageais d’acquérir !

« Enfer et boules de bittes », me dis-je. « Quand ça change, ça change, faut jamais se laisser démonter ! » Ajoutai-je in petto.

Je décidais donc d’en profiter et de m’octroyer trois ans de tranquillité. Ah ! Oui ? En plus des 150 points supplémentaires, le contrôle technique diminue à trois ans pour un véhicule neuf et non plus quatre. Les baisés, comptez-vous !

Puis vint le temps de la discussion des options. Monde merveilleux de l’automobile où les constructeurs équipent avec une parcimonie consommée les véhicules dont ils vantent par ailleurs le suréquipement dans des publicités que l’on pourraient parfois qualifier de mensongères !

Je savais déjà que la roue de secours, élément essentiel à la sécurité, était devenu une option ! Au nom d’un gain de place hypothétique, la roue est remplacée par produit qui s’injecte par le trou de la crevaison afin de gagner le garage le plus proche. Inutile de vous dire que la roue ainsi colmatée devient inutilisable et irréparable, augmentant d’autant la quantité de déchet déjà conséquente sur une voiture où plus grand-chose n’est recyclable. Déjà que l’on ne rechape plus les pneus !

Perso, je préfère avoir une roue de secours, surtout qu’elle ne prend pas la forme d’une mini-roue comme chez certains constructeurs. 60 boules, quand même !

Un peu dans le même ordre d’idée, je prenais l’option « pack radio composition phone avec port USB ». Un bête auto-radio, quoi ! Depuis toujours, dans les véhicules neufs, il y a les fils, mais on n’a toujours pas d’implant i Phone pour se brancher directement dessus ! Une lacune qu’il serait urgent de combler.

Mais à ce moment-là, et c’est là que cela devient intéressant, le vendeur me parle du « pack confort ». Quésaco ? Sur un petit modèle de base, il est vrai qu’un peu de confort de nuit pas à la conduite. Surtout dans les bouchons !

- Le pack confort comprend le siège conducteur réglable en hauteur, le verrouillage centralisé des portes avec télécommande, les vitres électriques et un avertisseur deux tons.

- Quoi ! Vous voulez dire que la glace à manivelle est de série sur ce modèle ? Vous déconnez ?

Avouez que vous auriez eu la même réaction que moi ! Et comme vous vous en doutez, il ne déconnait pas ! A l’heure où la manipulation d’un téléphone portable en voiture est un délit puni d’amende, se déboiter l’épaule pour ouvrir ou fermer la fenêtre de son véhicule va redevenir la règle, au mépris de la sécurité routière !

Je ne vous parle même pas de la fermeture centralisée qui est bien pratique pour retrouver sa voiture sur le parking de Carrefour ou du siège réglable en hauteur sans lequel un enfant obèse et diabétique de moins de douze ans ne pourrait pas utiliser la voiture pour aller chercher les trois pots de Nutella à moins 70%, promotion exceptionnelle, il n’y en aura pas pour tout le monde, attention, il y a un enculé qui en a pris quatre !

Pour l’avertisseur sonore deux tons, là je ne vois pas quoi dire, vu que je ne l’ai pas encore entendu !

Je commençais à comprendre pourquoi depuis un bon moment, les publicités n’affichent plus le prix total de la voiture, mais le coût du crédit mensuel. Expliquer aux gens que dorénavant il faudra qu’ils payent leur bagnoles 20 ou 30.000 boules pour avoir les glaces électriques, ça la fout mal ! Alors qu’un loyer mensuel de 150 ou 200 euros sur 10 ans, ça rentre comme dans du beurre, comme disait Marlon Brando à Maria Schneider.

En résumé, il faut que l’on achète des voitures pour sauver l’économie, mais avec interdiction de s’en servir pour sauver la planète, le tout sans se plaindre car le moteur, les quatre roues et le volant sont de série. Elle n’est pas belle la vie ?

 

J’adore le XXIe siècle ! Vivement que l’on revienne aux voitures à pédales, cela me rappellera ma jeunesse !

 

Motte de beurre

- Le beurre et l'argent du beurre -

Méthodes publicitaires du XXIe s - Image d'archive (Coll. priv.)