Mort aux portes à codes qui préfigurent l’Etat totalitaire de demain.

Je sais de quoi je cause, ils en ont installé une chez moi.

Je l’appelle la porte de la peur !!

Il y avait déjà une porte à clenche avec interphone et sonnettes. Mais cela n’a pas suffit. A l’heure de la terreur ordinaire, celle qui fait déféquer dans sa culotte bouffante la fausse bourgeoise empâtée de fond de teint et puant le parfum de contrefaçon à la moindre rencontre d’un jeune plus ou moins patibulaire mais forcément basané : la porte à code se révèle de la nécessité vitale. Un étranger à l’immeuble a osé entré dans le vestibule pour s’abriter d’une pluie soudaine qui l’a surpris sans parapluie, et voilà les trouillomètres monter dans le rouge, le niveau quatre de l’alerte terrorisme atteint, la défécation incontinente s’étaler sur les murs.

Alors, vite, installons une porte à code. Le chiffre salvateur empêchera quiconque n’est pas invité à entrer dans le sanctuaire protégé de la propriété sécurisée.

Ces braves gens ne peuvent pas encore s’armer, ce n’est pas entré dans les mœurs. Soyez patient !

Alors que la concierge disparaît de nos univers automatisés, en raison, dit-on, d’un coût trop élevé et d’une forte propension à colporter les ragots jusque dans les esgourdes de gens peu recommandables comme les représentants de la loi, je suis d’avis de réhabiliter cette corporation sinistrée. Bignolles de France, fini de garder les clés et de distribuer quotidiennement un courrier qui vous rapportent des étrennes de plus en plus chiche. Fini d’être la présence salvatrice pour la petite vieille du troisième qui de toute façon va calancher, au grand soulagement de ces enfants et petits-enfants.

Il faut vous re-con-ver-tir.

Mais attention. Un boulot simple, peu fatigant et en parfaite harmonie avec le temps présent. Il vous suffira juste de restée assise dans un hall, armée d’un AK-47, plus communément appelé Kalachnikov. Je ne m’inquiète pas, vous trouverez ladite arme, ou une autre du même genre, facilement et pour pas cher dans les caves de votre immeuble ou ceux de vos collègues. Au pire vous pourrez vous approvisionner dans certaines casernes françaises dont les braderies vont commencer sous peu.

La création d’un nouveau métier en rapport avec le besoin sécuritaire, devenu une obsession, comblera de joie les résidents désormais rassurés. Et puis surveiller les Autres pour être sûr qu’ils ne représentent pas un danger est en passe de devenir un sport national. J’ai bien dit : les Autres. Pas moi. Moi, je n’ai rien à me reprocher. Les autres sont des coupables. Forcément. Moi, je suis une victime. Forcément… Et puis, je ne suis pas les Autres. Je suis moi.

Attention à la désignation de « domicile surveillé ». Il s’adresse autant à ceux de l’extérieur, qu’à ceux de l’intérieur. La peur conduit à la dictature et la porte à code en est l’un des instruments. L’instrument volontaire d’une population déjà servile.

Bien sûr, vous, ma future gardienne, vous vous ennuierez rapidement dans cette tâche immobile. Mais rien ne vous empêche de diversifier votre activité. Prenez des notes sur les allées et venues des résidents. Repérez les visiteurs réguliers. Puisque vous aurez en mains les papiers d’identités desdits visiteurs, contactez vos collègues pour étoffer vos connaissances sur tout ce petit monde. Je suis même sûr que le ministère de l’intérieur pourra vous former à l’utilisation de logiciel, dont il a le secret, et qui vous simplifiera la vie. La formation continue, ce n’est pas fait pour les chiens !!