Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. C’est bien connu. Mais par contre, ils sont biens payés.Payés pour avilir le chômeur.

Le déshonneur est le début de la soumission.

Le chômeur n’est plus cet homme aux abois qui cherche de quoi nourrir sa famille dans un emploi qui lui conviendrait le moins mal possible. Un emploi stable et suffisamment rémunéré pour payer son logement, sa nourriture et quelques loisirs bien mérités.

NON. Le chômeur est un produit qui doit se vendre.

Et vous, conseillers de mes deux, vous avez piqué les recettes des grandes marques pour les appliquer au chômeur, sans en changer un seul mot. Le chômeur devient un « produit » dont il faut gérer la « mise en place », la « promotion » et le « prix ». Le chômeur doit faire une « analyse stratégique » de lui-même, puis élaborer une « stratégie marketing » afin de définir les « opportunités du marché » et choisir une « cible ». Entendez par là une entreprise qui voudra bien de lui. Le chômeur doit ensuite se « positionner » face à la « concurrence » et chercher en quoi il peut faire la différence face aux autres produits. Entendez par concurrence les autres chômeurs. Autres chômeurs qui deviennent par la magie du vocabulaire des ennemis dont il faut se débarrasser. Le chômeur doit enfin établir un « plan marketing » par lequel il définira ses objectifs.

Homme, où est ton Humanité ?

Vous, les conseillers « hommenivores », vous avez récupéré les recettes des marchands de soupe et vous les avez appliquées sans en changer un seul mot, à des gens en déshérence et qui ne souhaite qu’une seule chose dans la situation où les a mis les obsédés des résultats, être respectés comme les victimes qu’ils sont. Vous, les conseillers pour l’emploi, vous êtes les Kapos du nouveau système concentrationnaire qu’est devenue la société.

L’important n’est plus de savoir travailler, mais de savoir se vendre !

En même temps, il y a une certaine logique dans tout cela. Dans une société qui a détruit son tissu industriel au profit d’une société de services, on vend. On ne produit plus, mais qu’est-ce qu’on vend ! La solution serait peut-être de confier nos chômeurs aux chinois. Le problème serait ainsi résolu.

« Pays occidentaux ! Marre d’avoir des chômeurs ? Donnez les aux chinois, ils vous les vendront pour pas cher ! »

Ami futur chômeur, toi que ton employeur veut licencier d’un simple coup de pied au cul et qui ne peut le faire à cause de lois scélérates que l’on appelle communément le code du travail. Oui, toi, à qui l’on propose de partir travailler au Brésil ou en Turquie pour 300 ou 400 euros par mois. Pense à tous les avantages que cette nouvelle opportunité peut t’offrir si tu choisis la Chine comme destination. Tu travailleras 20 heures par jour ; plus de raison de t’engueuler avec bobonne. Tu n’aspiras plus, après une rude journée de travail, qu’à aller te vautrer sur un des matelas du dortoir commun ou la douce chaleur humaine te dispensera ses bienfaits sans une seule émission de gaz Co2. Les réserves mondiales venant à s’épuiser, tu te contenteras d’un seul bol de riz par jour ; pas de risque de cholestérol ou de diabète qui aujourd’hui mettent ta vie en danger. Tes enfants apprendront une langue qui deviendra sous peu mondiale. Et surtout, surtout, tu ne grèveras pas le budget de la retraite, cette absurdité née après la guerre où l’on voulait que les gens soient solidaires…

« Français, ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais pense à ce que tu peux faire pour ton pays ! »

J’ai fais un rêve. J’ai rêvé de la France de demain. Une France où il n’y aurait plus que des boîtes postales pour les sociétés dont les sièges sociaux seraient en Irlande ou au Liechtenstein et les salariés en Chine, au Brésil ou en Turquie. Il n’y aurait plus d’agents des impôts, puisqu’il n’y aurait plus d’impôts à percevoir. Plus de fonctionnaires. Plus d’école et de professeurs en colère, plus de grève des transports puisqu’il n’y aurait plus personnes à transporter. Plus de route et donc plus d’accidents. Plus d’hôpitaux et pour la première fois de son histoire, plus de trou de la sécurité sociale.

Le rêve libéral achevé dans toute sa splendeur. Un beau rêve.

Il ne resterait plus que des politiciens qui continueraient à se battre pour un pouvoir inexistant.

Un peu comme maintenant, non… !