Et je ne dirai pas de la Baltique, rien que pour vous embêter !!!

Voici un article trouvé dans Courrier International (n°1133 du 19 au 25 juillet 2012).

J'ai tellement ri, que je ne pouvais m'empêcher de vous faire partager ce petit bijou intitulé :

Traverser la Méditerranée... dans l'autre sens

Le sujet, des immigrés clandestins espagnols ont été interceptés à la mi-avril sur la côte algérienne. Le quotidien libanais L'Orient-Le Jour imagine la discussion des gardes-côtes algériens qui ont procédé à leur arrestation. (Véridique !!)

 

« Hassan et Omar, gardes-côtes algériens, en patrouille en mer sur la façade maritime Ouest.
HASSAN : Dis-moi Omar, comment se porte ton frère à Saint-Denis ? 
OMAR : Ça va. Il est content que Sarkozy fasse ses valises. Il commençait à en avoir marre d'être l'extrémiste, le terroriste, le mangeur de halal et le prieur de rue de service.
— Ouais... Je ne sais pas si Hollande va changer grand-chose. Et puis il y a la grande blonde, la fille de son père, celle qui a un nom bleu...
— Marine ? Pas bon, Marine effectivement.
— Omar, passe-moi les jumelles.
(Omar passe les jumelles à Hassan.)
HASSAN : Encore des harragas [migrants clandestins originaires de l'Afrique du Nord, ou littéralement ceux qui "brûlent" (sous-entendu leurs papiers)].
OMAR : Combien sur la barque ?
— Quatre.
— C'est peu ça pour des harragas. C'est un voyage intime.
— Attends, mais elle ne va pas dans le bon sens la barque...
— Comment ça, elle ne va pas dans le bon sens ? 
— Bah oui, ils reviennent au pays au lieu d'aller vers l'Europe. Ils ont oublié d'embrasser leur mère avant de partir ou quoi ? 
— Passe-moi les jumelles !
Hassan lui donne les jumelles.
OMAR : Mais tu as raison, ils viennent vers nous. Et qu'est-ce qu'on fait dans ce cas-là ? Moi je sais gérer les départs, pas les arrivées.
HASSAN : Appelle Bachir !

(Omar appelle Bachir, le chef des gardes-côtes algériens.)
OMAR : M. Bachir, c'est Omar, garde-côte sur la façade Ouest. Salamaleik.
BACHIR : Salam Omar.
— Comment ça va ? 
— Ça va.
— La famille, ça va ? 
— Ça va.
— Et la santé, ça va ? 
— La santé, ça va aussi.
— Bachir, on a un petit problème ici avec des harragas.
— Depuis quand les harragas sont un problème ? Tu fermes les yeux et ça passe.
— Oui, mais là, ils viennent chez nous.

BACHIR : Comment ça : "Ils viennent chez nous" ? La définition du harraga, c'est le Maghrébin qui part. Le Maghrébin qui revient, c'est soit un fils de responsable au bord de la retraite, soit un vieux, soit un fou, mais pas un harraga.
OMAR : Oui, mais là on a quatre types dans un bateau, ils ont pas l'air frais, et ils viennent vers nous.
— Omar, ne te fous pas de moi.
— Wallahi [Grand Dieu !], on a quatre types dans une barque qui viennent vers nous !

(Hassan hoche la tête, alors que la vedette des gardes-côtes rejoint la barque.)

HASSAN : Et ils n'ont pas l'air maghrébin.
OMAR : Comment ça ? 
BACHIR : Comment ça : "Ils n'ont pas l'air maghrébin" ? 
HASSAN : Pas l'air maghrébin dans le sens qu'ils ont l'air européen.
OMAR : Un harraga européen ?! 
BACHIR : J'appelle le ministre.

(Bachir appelle le ministre de l'Intérieur.)
BACHIR : Monsieur le Ministre, c'est Bachir, chef des gardes-côtes. Salamaleik M. le Ministre.
LE MINISTRE : Salam Bachir.
— Comment ça va ? 
— Ça va.
— La famille, ça va ?
— Ça va.
— Et la santé, ça va ? 
— La santé, ça va aussi.
— Monsieur le ministre, on a un problème. On a des harragas européens qui viennent vers nos côtes.
— Bachir, harraga et européen, c'est pas compatible.
— Je suis d'accord M. le Ministre, mais là on en a quatre. 
— Bachir, ne te fous pas de moi.
— Wallahi, Monsieur le Ministre. Ah, et Hassan vient de me dire, sur l'autre ligne, qu'ils les ont fait monter sur leur vedette. Un instant... M. le Ministre, ils disent qu'ils n'ont pas de papiers, mais ils le disent en espagnol. Ils disent aussi qu'ils veulent travailler à Oran, qu'il n'y a plus de travail chez eux, sans dire où c'est chez eux, ils disent que c'est à cause de l'euro, de la Grèce, de l'austérité...
— Bachir, tu es en train de me dire que des clandestins espagnols ont été arrêtés sur nos côtes par Hassan et Omar ? 
— Euh, oui. Et le problème, c'est que là on ne connaît pas la procédure à suivre.
— La procédure ? 
— Bah oui, on en fait quoi des types ? On les envoie en centre de détention ? 
— Bachir, tu me les envoies immédiatement au bureau. On ne les touche pas. On va les renvoyer vite fait chez eux, mais avant, je veux prendre une photo. Sinon, ma femme ne va jamais me croire. Des clandestins européens... Il faut que j'appelle le président.

(Le ministre appelle le président.)
LE MINISTRE : Monsieur le Président, c'est le ministre de l'Intérieur. Salamaleik.
LE PRÉSIDENT : Salam.
— Comment ça va, M. le Président ? 
— Ça va.
— La famille ça va ? 
— Ça va.
— Et la santé, ça va ? 
— La santé, ça va aussi.
— Monsieur le Président, on a un problème. On a des harragas européens qui sont arrivés sur nos côtes.
— Monsieur le Ministre, ne vous foutez pas de moi.
— Wallahi, Monsieur le Président ! Et après interrogatoire, il semble que beaucoup d'autres Européens s'apprêtent à débarquer chez nous. Rapport à l'euro, la Grèce, l'austérité... 
— Quand il y en a un ou quatre, ça va. Mais s'il y en a beaucoup, ça va faire des problèmes.
— Monsieur le Président, si je peux me permettre, il faut réagir avant de se faire bouffer. Ils vont venir avec leur bière et comment appelle-t-on ça, le jamon iberico, et leurs femmes dénudées. Si on n'y prend pas garde, à force d'immigration, on aura le sentiment de ne plus être chez nous, de voir des pratiques qui s'imposent à nous et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale.
— Le drame de l'Europe, c'est que l'homme européen s'est fait cannibaliser par la finance. Le trader européen ne connaissait que l'éternel recommencement de la spéculation, rythmé par les cours de la Bourse. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès. 
— Bien dit Monsieur le Président.
— Il va falloir rassurer nos compatriotes sur ces migrations de populations. Après tout, remettons-les dans les bateaux ! 
— D'accord Monsieur le Président. Mais tout de même, Monsieur le Président, où va le monde ? »

Le texte est signée Emilie Sueur, je ne sais pas si c'est l'auteure ou la traductrice !!

 

J'ai d'autant plus ri, que j'ai écrit un texte dans ce genre là il y a quelques temps, même si le sujet et totalement différent. Je pense d'ailleurs que vous pourrez le lire un de ces jours !

Vive la crise et Droit dans le mur !!!